Par Ibrahima Thiam, Président du parti ACT
La décision du président Bassirou Diomaye Faye de mettre fin aux fonctions du Premier ministre Ousmane Sonko ouvre une nouvelle séquence politique qui pose une question fondamentale : celle du bilan et de la reddition des comptes.
Après deux années passées à la Primature, il apparaît légitime que les Sénégalais exigent de l’ancien chef du gouvernement qu’il présente le bilan de son action. Une telle démarche ne relève ni d’un règlement de comptes ni d’une hostilité politique, mais simplement d’un principe démocratique élémentaire : tout responsable public doit rendre compte de sa gestion, des réformes engagées, des résultats obtenus et des difficultés rencontrées.
Dans une démocratie moderne, le départ d’un Premier ministre ne saurait être un simple épisode politique suivi d’un silence institutionnel. Il doit constituer un moment d’évaluation et de clarification devant la Nation. Cette exigence est d’autant plus légitime que le régime actuel a lui-même fait de la transparence et de la reddition des comptes un axe majeur de son discours politique.
À ce titre, l’exemple de Abdoul Mbaye mérite d’être rappelé. À la fin de son passage à la Primature, il avait présenté publiquement le bilan de son action gouvernementale, traduisant ainsi une certaine conception de la responsabilité publique et de l’État.
Cette culture du bilan devrait aujourd’hui s’imposer à tous les niveaux de l’administration, notamment au regard des démissions récentes de plusieurs directeurs généraux et responsables d’organismes publics réputés proches de Ousmane Sonko.
Ces départs successifs soulèvent inévitablement des interrogations : s’agit-il simplement d’une logique de fidélité politique ou existe-t-il également une inquiétude liée à d’éventuels audits et contrôles de gestion ? La question mérite d’être posée avec sérieux, surtout dans un contexte marqué par la disparition de la protection politique qu’incarnait jusque-là la Primature.
Dès lors, les conditions des passations de service deviennent un enjeu central. Les états des lieux administratifs et financiers ont-ils été correctement établis ? Les documents de gestion ont-ils été transmis avec toute la rigueur requise ? Autant de questions légitimes lorsqu’il s’agit de la gestion des ressources publiques.
C’est pourquoi des audits immédiats devraient être diligentés dans les structures concernées, accompagnés de passations de service conformes aux règles administratives. Il ne s’agit pas d’une chasse aux sorcières, encore moins d’un règlement de comptes politique, mais d’une exigence de transparence, de continuité de l’État et de protection des deniers publics.
Le Sénégal ne peut durablement fonctionner dans une culture où les prises de fonctions sont largement médiatisées tandis que les départs s’effectuent dans la discrétion, sans évaluation ni contrôle rigoureux.
La rupture tant revendiquée ne prendra tout son sens que lorsqu’elle s’appliquera également aux pratiques de gouvernance. Car dans une République sérieuse, nul ne devrait quitter une haute responsabilité publique sans avoir le devoir de rendre compte devant la Nation.
Par Ibrahima Thiam, Président du parti ACT