Enseignants du privé : des vacances entre précarité et débrouille


La rentrée scolaire est souvent synonyme de retrouvailles et de nouvelles perspectives pour les élèves. Pour de nombreux enseignants du secteur privé, elle représente surtout la fin d’une période d’incertitude financière. Durant les grandes vacances, alors que les établissements ferment leurs portes pendant plusieurs semaines, certains enseignants cessent également de percevoir leur salaire.

Pour subvenir à leurs besoins, ils sont alors nombreux à chercher des solutions alternatives : cours de vacances, colonies éducatives, travaux sur des chantiers ou encore activités agricoles. Une période qui, loin d’être synonyme de repos, devient pour certains un véritable moment de débrouille.

Aux Parcelles-Assainies, une rentrée attendue avec impatience
À l’unité 22 des Parcelles-Assainies, à Dakar, le groupe scolaire Les Pédagogues commence progressivement à retrouver son animation habituelle en cette période de septembre. Dans certaines salles, des élèves participent encore aux cours de vacances. Dans les couloirs, d’autres sollicitent le personnel administratif pour préparer leur prochaine rentrée.

Au premier étage, Cheikh Ahmed Tijane Diop dispense un cours d’anglais. Vêtu de noir, le professeur fait partie des enseignants qui bénéficient d’une rémunération durant toute l’année.

« Je suis un professeur permanent et je suis rémunéré douze mois sur douze », explique-t-il.

Dans cet établissement, plusieurs enseignants disposent du même statut. Mais cette situation reste loin d’être généralisée dans le secteur privé de l’éducation.

À quelques centaines de mètres, à l’unité 21, Abdou Hott encadre des élèves qui se préparent à intégrer les classes de CM1 et CM2. Enseignant au cours privé Les Petits Doués, il ne bénéficie pas d’un salaire pendant les vacances scolaires.

« Pendant les vacances, c’est un peu compliqué pour nous qui sommes dans le privé. C’est pour cette raison que je donne des cours de vacances, afin d’avoir un peu d’argent et de pouvoir régler les petites dépenses », confie-t-il.

Sa session, commencée le 20 août, doit s’achever avant la reprise officielle des cours. Mais les revenus tirés de cette activité restent modestes, notamment en raison du nombre limité d’élèves.

« À la fin de l’année, on essaie de sensibiliser les parents pour qu’ils inscrivent leurs enfants aux cours de vacances afin qu’ils puissent bien commencer l’année scolaire. Mais ce sont souvent les mêmes qui répondent à l’appel », constate-t-il.

Cours de vacances, colonies et petits métiers pour joindre les deux bouts
Abdou Hott peut néanmoins compter sur son expérience dans l’encadrement des jeunes. Moniteur de collectivités éducatives, il profite également des congés pour participer à différentes activités.

« S’il n’y a pas les cours de vacances, il y a les colonies, les patronages ou encore les centres aérés. On essaie de s’adapter à la situation », explique-t-il.

Pour les enseignants vacataires, cette période est souvent encore plus difficile. El Hadji Mountaga Kane, qui intervient dans les collèges et lycées, explique que les trois mois de vacances exigent une gestion rigoureuse des revenus accumulés durant l’année.

« La conjoncture est délicate. Même en faisant des économies, si vous ne vous organisez pas, vous ne vous en sortez pas », souligne le jeune enseignant, rencontré un dimanche soir à la plage de Cambérène.

Selon lui, le mois de juillet est généralement financé grâce aux économies réalisées pendant l’année scolaire. À partir de la mi-août, il reprend les cours de vacances, notamment auprès d’élèves des séries scientifiques.

« Ce sont les élèves de terminale S et de première S qui viennent nous solliciter. Cette année, nous avons commencé le 6 août et cela a bien marché. Cela nous permet de subvenir à nos besoins et de préparer la prochaine rentrée », explique-t-il.

Quand les vacances scolaires deviennent une période de travail
Pour certains enseignants, les cours de vacances ne suffisent toutefois pas. Il faut alors se tourner vers d’autres métiers.

Kéba Touré, enseignant sans contrat à l’école élémentaire franco-arabe Iqra, profite ainsi de la fermeture des classes pour travailler dans le secteur du bâtiment, notamment sur des chantiers de carrelage.

« Pendant les grandes vacances, beaucoup d’écoles privées ne parviennent pas à payer leurs enseignants. Aucun contrat ne leur est proposé pour ces trois mois. Mon cas en est un exemple », témoigne-t-il.

Le jeune homme avait appris le métier de carreleur lorsqu’il était étudiant. Une compétence qui lui permet aujourd’hui de disposer d’une source de revenus pendant les vacances.

« Durant les grandes vacances, je me débrouille sur les chantiers de carrelage. On travaille, on nous paie, et c’est ce qui me permet de tenir », raconte-t-il depuis le studio qu’il partage avec son frère, au troisième étage d’un immeuble de l’unité 19 des Parcelles-Assainies.

Mais cette activité n’est pas sans contraintes.

« Il faut beaucoup de rigueur et on a peu de liberté. Il faut également avoir des relations, car sans réseau, il devient difficile de trouver des chantiers », ajoute-t-il.

Au village, les travaux agricoles comme solution
À plusieurs centaines de kilomètres de Dakar, les vacances prennent une autre forme pour certains enseignants. À Niassène Diola, dans le département de Sédhiou, Sana Nicolas Camara profite de cette période pour retourner aux activités agricoles.

Enseignant dans une école privée de Sébikotane, dans la région de Dakar, il explique que la fermeture des établissements pousse certains de ses collègues à retourner au village ou à chercher d’autres occupations dans la capitale.

Son établissement lui verse pendant les vacances une somme de 10 000 francs CFA, prélevée sur son salaire tout au long de l’année. Pour compléter cette somme, il participe aux travaux agricoles dans son village.

« Dans le privé, le salaire n’est pas bon », résume-t-il lorsqu’il évoque ses difficultés financières.

Il dénonce également les pratiques de certains établissements privés, qu’il estime éloignées des règles prévues pour les travailleurs.

« Beaucoup d’écoles privées ne respectent pas les critères. Normalement, au bout de trois ans, un enseignant doit avoir un CDI », affirme-t-il.

Une rentrée qui marque la fin de l’incertitude
Entre les enseignants permanents qui continuent de percevoir leur salaire pendant les congés et ceux qui doivent multiplier les activités pour assurer leur subsistance, les réalités des vacances scolaires sont très différentes dans le secteur privé.

Pour une partie d’entre eux, les grandes vacances ne sont donc pas synonymes de repos. Elles constituent plutôt une période qu’il faut soigneusement organiser pour pouvoir payer les dépenses quotidiennes, trouver des revenus supplémentaires et se préparer financièrement à la prochaine rentrée.

À l’approche de la reprise des cours, la réouverture des établissements représente ainsi bien plus qu’un simple retour en classe. Pour ces enseignants, elle marque aussi le retour d’une certaine stabilité financière après plusieurs semaines passées à se débrouiller entre cours de vacances, colonies, chantiers et travaux agricoles

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