Par Sory Thiam , Coordonnateur départemental de Dakar au sein du Mouvement MCAP

Fidèle à son art consommé de l’illusion, le maître du verbe récidive. Faut-il s’étonner de voir la représentation nationale transformée, en cette période charnière de notre vie politique, en un véritable théâtre d’ombres ? Ce soudain zèle parlementaire ne procède nullement d’un sursaut républicain désintéressé, mais bien d’un calcul d’horloger : gagner de précieux instants afin de crier au complot le jour venu et d’accuser l’exécutif d’avoir cadenassé les tiroirs des enquêtes.
Pourtant, le droit public sénégalais n’a jamais souffert d’une carence d’instruments. La Charte fondamentale dispose sans équivoque, en son article 59, que l’Assemblée nationale est investie de la mission éminente de contrôler l’action du Gouvernement et d’évaluer les politiques publiques. Cette exigence est déclinée avec force dans la loi organique portant Règlement intérieur de l’institution : des questions écrites et orales (articles 92 à 95) aux missions d’information, jusqu’aux commissions d’enquête parlementaires prévues à l’article 48, lesquelles confèrent aux députés de réelles prérogatives d’investigation sur pièces et sur place.
Dès lors, comment ne pas dénoncer le cynisme d’un si prodigieux réveil ?
Pourquoi avoir gardé le silence pendant tant de lunes ? Depuis l’installation de cette législature, ces prérogatives régaliennes ont été méthodiquement laissées au vestiaire. Les dossiers ont dormi sous la poussière des commissions : de l’affaire de l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER) à la gestion des fonds alloués au développement de la Casamance, jusqu’aux débats récurrents sur le train de vie et le parc automobile de l’Hémicycle. Plus flagrant encore : où est passée la promesse solennelle d’abroger la loi d’amnistie ? Brandie hier comme une exigence morale et républicaine non négociable, cette abrogation s’est évaporée des priorités parlementaires, reléguée aux oubliettes dès lors que le vent a tourné. Pourquoi étouffer ces urgences en queue de banquet pour ne brandir, dans une théâtralisation outrancière, que des contre-feux à l’heure du crépuscule ?
La ficelle est cousue de fil blanc. Acculé, l’illusionniste s’agite dans une nasse politique qui se resserre. Dès l’instant où le bail de la primature a pris fin et que l’hypothèse d’une dissolution encadrée par l’article 87 de la Constitution s’est muée en perspective tangible, l’Assemblée a subitement semblé découvrir sa vocation de sentinelle intransigeante des deniers publics.
Ce mimétisme de vertu est une offense faite à la tradition démocratique sénégalaise. Instrumentaliser les mécanismes constitutionnels de reddition des comptes pour en faire un bouclier dilatoire affaiblit le prestige de l’institution parlementaire elle-même. Les prérogatives de contrôle ne sont pas des armes d’opportunité politicienne que l’on range ou que l’on sort au gré des conjonctures : elles constituent un devoir permanent envers la Nation.
L’artifice ne saurait masquer l’évidence : le peuple sénégalais a le regard bien trop lucide pour confondre une panique procédurale de dernière minute avec la dignité et la rigueur d’État.