GUINÉE-BISSAU : APRÈS 40 ANS DE SILENCE, UN TOURNANT HISTORIQUE POUR LA JUSTICE ET LES DROITS HUMAINS


Par Ibrahima Dia

À Dakar Sénégal ,  la Guinée-Bissau franchit une étape majeure dans son engagement en faveur des droits humains. Pour la première fois depuis la ratification de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples en mars 1986, le pays présente son rapport d’État devant la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples. Une démarche inédite qui marque une avancée importante en matière de transparence, de responsabilité publique et de consolidation de l’État de droit.

 

La Guinée-Bissau écrit une nouvelle page de son histoire institutionnelle. Le ministre de la Justice et des Droits humains, João Bernardo Vieira, participe actuellement à Dakar, au Sénégal, à la 89e session de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, à l’occasion de laquelle le pays présente, pour la première fois en près de quatre décennies, son rapport sur la mise en œuvre de ses engagements en matière de droits humains.

 

Cet événement revêt une portée particulière. En ratifiant la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples en mars 1986, la Guinée-Bissau s’était engagée à respecter les principes fondamentaux de protection des libertés, de la dignité humaine et des droits fondamentaux. Toutefois, depuis cette ratification, le pays n’avait jamais présenté son rapport périodique sur la mise en œuvre de la Charte et du Protocole de Maputo.

 

Quarante ans plus tard, cette démarche vient combler un retard considérable et témoigne d’une volonté de renouer pleinement avec les mécanismes africains de suivi et de protection des droits humains.

 

Un engagement qui dépasse le cadre protocolaire

La présentation de ce rapport ne saurait être réduite à une simple formalité administrative. Elle constitue un exercice essentiel de redevabilité, permettant aux autorités bissau-guinéennes de rendre compte des mesures adoptées, des progrès réalisés et des défis qui persistent dans la promotion et la protection des droits humains.

 

Au-delà de la dimension institutionnelle, cette démarche offre également l’occasion d’évaluer les politiques publiques mises en œuvre, d’identifier les insuffisances et de définir les priorités nécessaires pour renforcer l’accès à la justice et garantir une meilleure protection des citoyens.

 

En se soumettant à cet exercice, la Guinée-Bissau affirme sa volonté de participer plus activement au dialogue continental sur les droits humains et de consolider sa coopération avec les institutions africaines compétentes.

 

Vers une justice davantage tournée vers la protection des citoyens

L’un des messages essentiels portés par cette initiative réside dans la conception de la justice que les autorités souhaitent promouvoir : une justice qui ne se limite pas à sanctionner, mais qui protège également les citoyens, garantit leurs droits et contribue à préserver leur dignité.

 

« Nous aspirons à une justice qui protège, plutôt qu’à une justice qui punit. C’est en toute honnêteté que nous rendons des comptes », souligne le message associé à cette démarche.

 

Cette vision place la protection des droits fondamentaux au cœur de la construction d’un État de droit. Elle rappelle que la crédibilité des institutions judiciaires repose non seulement sur leur capacité à sanctionner les violations de la loi, mais aussi sur leur aptitude à garantir l’égalité devant la justice, l’accès aux recours et le respect des libertés fondamentales.

 

Dans cette perspective, la présentation du rapport constitue une occasion de confronter les engagements officiels aux réalités du terrain, tout en ouvrant la voie à des réformes et à des actions concrètes.

 

La Charte africaine et le Protocole de Maputo au cœur des engagements

Cette démarche s’inscrit également dans le cadre des engagements de la Guinée-Bissau au titre du Protocole de Maputo, consacré aux droits des femmes en Afrique. La mise en œuvre de ces instruments constitue un enjeu majeur pour la promotion de l’égalité, la lutte contre les discriminations et le renforcement des mécanismes de protection des personnes les plus vulnérables.

 

En présentant son rapport devant la Commission africaine, le pays réaffirme ainsi son attachement aux principes défendus par l’Union africaine et à la nécessité de renforcer les mécanismes nationaux de protection des droits humains.

 

Toutefois, la portée réelle de cette avancée dépendra de la capacité des autorités à traduire les engagements présentés en mesures concrètes, assorties d’actions suivies et de résultats tangibles pour les populations.

 

Un nouveau chapitre pour l’État de droit en Guinée-Bissau

La participation de João Bernardo Vieira à la 89e session de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples intervient donc dans un contexte symbolique pour la Guinée-Bissau. Après plusieurs décennies sans présentation de rapport d’État, cette initiative marque une volonté de renouer avec les obligations régionales du pays et de renforcer la transparence de son action publique.

 

Le défi est désormais de transformer cette première historique en un processus durable, fondé sur le respect des engagements internationaux, l’amélioration du fonctionnement de la justice et la protection effective des droits fondamentaux.

 

Car rendre compte constitue une étape essentielle, mais le véritable enjeu demeure la mise en œuvre des recommandations, l’amélioration des institutions et la confiance que les citoyens peuvent placer dans leur système judiciaire.

 

En présentant son rapport après près de quarante ans d’attente, la Guinée-Bissau envoie un signal important à ses partenaires africains et à sa population : celui d’une volonté de faire des droits humains, de l’accès à la justice et de la responsabilité publique des fondements essentiels de l’État de droit.

 

Une avancée institutionnelle qui ne prendra toutefois toute sa dimension historique que si elle ouvre la voie à des changements durables dans la vie quotidienne des Bissau-Guinéens.

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