Collecte d’eau en Afrique  Les femmes perdent 250 millions d’heures chaque jour 


 

 

Psr Ma.adou Ndiaye

 

 

La question de l’eau et de l’assainissement reste un défi majeur sur le continent. Le sujet était au cœur du forum de participation des ONG, ouvert ce mercredi en prélude à la 89e session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples. Un chiffre alarmant a été mis en avant : en Afrique, les femmes et les filles passent près de 250 millions d’heures quotidiennement à collecter de l’eau, au détriment de leur scolarité et de leurs activités génératrices de revenus.

 

Thème retenu par l’Union africaine pour l’année 2026, l’accès à l’eau et à l’assainissement a fait l’objet d’un plaidoyer fort du Réseau des Femmes Leaders pour le Développement (RFLD).

 

« Quand une école n’a pas de latrines, une fille reste chez elle pendant ses règles. Quand un puits s’assèche, une mère doit aller plus loin, souvent seule, au risque de subir des violences », a illustré John Gbenagnon, représentant du RFLD. Il a rappelé que l’article 15 du Protocole de Maputo oblige déjà les États à garantir aux femmes l’accès à l’eau potable : « Notre mission est de donner vie à cet article. »

 

Selon lui, les groupements de femmes les plus proches des points d’eau sont paradoxalement les plus éloignés des financements et des lieux de décision, alors qu’elles sont les mieux placées pour agir. En exemple, en Afrique de l’Ouest, une subvention accordée par le RFLD à un groupement de femmes rurales a permis de réparer la pompe du village. « Elles ont décidé elles-mêmes de l’affectation des fonds parce qu’elles connaissaient le problème mieux que personne », a-t-il souligné.

 

Il a également alerté sur la multiplication des lois restrictives et la surveillance des défenseurs des droits, ainsi que sur le harcèlement en ligne visant les femmes qui s’expriment. « Une communauté ne peut pas revendiquer son droit à l’eau si elle ne peut ni s’organiser ni s’exprimer librement », a-t-il estimé.

 

Même constat pour Julien Ngane Ndour, Directeur des Droits humains au ministère de la Justice. Malgré les engagements pris aux niveaux international, régional et national, des millions d’Africains n’ont toujours pas accès à une eau potable sûre ni à un assainissement adéquat.

 

« Des familles consacrent une part importante de leurs revenus à l’achat de l’eau, des communautés parcourent de longues distances pour s’approvisionner, des enfants tombent malades à cause d’une eau contaminée », a-t-il déploré. Il insiste sur le fardeau disproportionné supporté par les femmes et les filles : « Ce ne sont pas seulement des problèmes sociaux, ce sont des atteintes aux droits fondamentaux. »

 

Pour lui, la responsabilité première incombe aux États qui doivent investir, réguler, protéger les ressources et garantir l’accessibilité des services aux populations vulnérables. Le véritable indicateur de succès, selon lui, ne doit pas être le nombre de projets annoncés, mais le nombre de vies durablement améliorées.

 

Il a enfin rappelé que la crise de l’eau ne peut se résumer à l’instabilité politique, même si les conflits détruisent les infrastructures et déplacent les populations. L’insuffisance des investissements, l’urbanisation galopante, la croissance démographique, la pollution, la vétusté des infrastructures, la gouvernance et le changement climatique sont autant de facteurs qui aggravent la situation.

Précédent Campagne agricole 2026-2027 : Cheikh Oumar Ba annonce des mesures face à une pluviométrie contrastée
Suivant La Une infos du jour vendredi 9 octobre 2026