Par Mbaye Jacques DIOP, Journaliste Sportif, Administrateur Club des Experts Sportifs & Globe Sports
Le sport n’a jamais prétendu être un sanctuaire hors du monde. Mais il s’est toujours voulu un langage universel, une trêve dans la violence des hommes, un espace où le passeport compte moins que le talent. Or, ce que nous voyons aujourd’hui aux États-Unis, à quelques jours du coup d’envoi de la Coupe du Monde 2026, est une régression brutale, une trahison de l’esprit même du football.
Jamais, dans l’histoire moderne de la Coupe du Monde, une édition n’aura débuté sous de si mauvais auspices sur le plan organisationnel et humain.
*L’humiliation des délégations*
Des délégations nationales, qualifiées à la phase finale Coupe du Monde FIFA subissent un accueil indigne. Des chiens renifleurs qui contrôlent les équipes comme de simples suspects. Des retards, des tracasseries, une suspicion permanente. Le tapis rouge a été remplacé par un portique de sécurité. Le football, qui se veut “The Game for All”, devient “The Game for Those Approved”.
« Le jeu pour tous » devient « Le jeu pour ceux qui sont approuvés ».
*Le supplice des visas et le cas de l’Iran, symptôme d’un mal plus profond*
Arbitres, journalistes, officiels, bénévoles : la délivrance des visas devient un parcours du combattant. Certains sont rejetés sans motif clair, d’autres attendent dans une incertitude qui tue la préparation. Comment organiser la plus grande fête du football mondial si ceux qui doivent l’animer, la juger et la raconter sont empêchés d’entrer ?
Le problème iranien n’est qu’un révélateur. Quand la politique des États s’invite sur la pelouse et décide qui a le droit de jouer, alors le football n’est plus qu’un otage. La FIFA, qui a tant bataillé pour l’autonomie du sport face aux interférences politiques, assiste, impuissante ou complice, au retour des exclusions géopolitiques dans son temple.
*Le silence coupable de Gianni Infantino*
C’est ici que la blessure est la plus profonde. Où est la voix du Président de la FIFA ? Ce même Gianni Infantino qui, lors de la finale de la CAN Maroc-Sénégal, n’avait pas hésité à prendre la parole, à se montrer, à commenter. Aujourd’hui, face aux difficultés concrètes, face à l’humiliation de ses propres membres, un silence assourdissant.
Ce silence est coupable. Car se taire, c’est valider. Se taire, c’est accepter que les États-Unis dictent leurs conditions à 211 fédérations. Se taire, c’est préparer le terrain pour Los Angeles 2028, où les mêmes scènes risquent de se reproduire aux Jeux Olympiques, en pire.
*L’appel aux fédérations et confédérations : sortez de la grande muette*
Il est temps que les dirigeants du football arrêtent de faire la grande muette. Aux fédérations, aux confédérations, il revient aujourd’hui de prendre leurs responsabilités. De revoir leurs positions lors des prochaines échéances d’attribution. D’interpeller la FIFA. De rappeler que le football appartient aux peuples, pas aux affairistes et aux calculs politiques.
Car c’est bien cela le drame : le football est pris en otage. Otage des politiques qui instrumentalisent les visas. Otage des affairistes qui voient dans le sport un simple produit marketing.
Nous avons vu le Qatar organiser une Coupe du Monde dans une seule ville, Doha. Une organisation millimétrée, saluée par tous les acteurs, y compris les plus sceptiques. Un modèle de logistique, de sécurité, d’accueil.
Aujourd’hui, ce que nous voyons aux États-Unis ne donne aucune garantie pour un bon déroulement. Pire, cela donne le sentiment que l’argent et le poids politique priment sur l’exigence sportive et humaine.
*Sauver le football, c’est le rendre à lui-même*
Il est temps de s’en départir. Il est temps de rappeler que la Coupe du Monde n’est pas un congrès sécuritaire. Que les Jeux Olympiques ne sont pas un exercice de contrôle migratoire.
Si la FIFA ne parle pas aujourd’hui, qui parlera demain ? Si les fédérations ne réagissent pas maintenant, qui aura le courage de le faire quand Los Angeles 2028 reproduira les mêmes dérives ?
Le football se meurt à petit feu quand ses dirigeants choisissent le silence. Il ne survivra que si les acteurs sportifs, les journalistes, l’opinion publique, élèvent la voix. Parce qu’au-delà des buts et des trophées, il y a un idéal. Et cet idéal est en danger.