Par Ibrahima Dia
Changements à la tête des structures publiques : L’ expert Pathe Ndiaye appelle à privilégier la compétence couplée avec l’expérience et la célérité
La vague de changements opérés ou annoncés à la tête de plusieurs établissements publics, sociétés nationales, agences et autres structures de l’administration sénégalaise soulève des interrogations sur la continuité de l’action publique, la stabilité des équipes dirigeantes et la capacité des nouveaux responsables à être rapidement opérationnels.
Dans cet entretien qu’il a accordé à nos confrères de l’Observateur ,notre interlocuteur revient sur les conditions nécessaires pour permettre à un nouveau directeur général (DG) de prendre rapidement ses marques et sur les risques que peuvent représenter des changements massifs au sein de la haute administration.
« Un bon DG doit être immédiatement opérationnel »
Pour notre interlocuteur, la question du délai nécessaire à un nouveau directeur général pour devenir pleinement opérationnel ne devrait même pas se poser lorsque le choix du responsable est fondé sur la compétence et l’expérience.
« Je pense qu’un bon DG doit être immédiatement opérationnel. Si le bon choix est fait, il doit être assez expérimenté pour être opérationnel immédiatement. Il ne vient pas dans l’entreprise pour apprendre. »
Selon lui, les procédures administratives et les contraintes budgétaires auxquelles sont confrontées les entreprises présentent suffisamment de similitudes pour qu’un responsable expérimenté mais aussi compétent puisse rapidement prendre en main ses nouvelles fonctions.
À l’inverse, la situation devient beaucoup plus complexe lorsque la personne nommée dispose de peu ou pas d’expérience professionnelle, et des compétences douteuses notamment en matière de management.
« Quand on nomme un DG sans aucune expérience professionnelle, fraîchement sorti de l’université, sans expérience d’encadrement de service, voire de personnel, ce DG sera difficilement opérationnel.
Aussi il sera inefficace. »
Ainsi passera t’il beaucoup de temps à comprendre et maitriser son environnement avant d’agir.
Il résume sa position par une formule particulièrement directe :
« L’entreprise n’est pas un lieu de formation de DG. »
Une vague de changements liée à un contexte politique particulier
Interrogé sur les risques liés à une importante vague de changements concentrée dans le temps, notre interlocuteur estime que celle-ci doit être replacée dans le contexte politique actuel du Sénégal.
Selon lui, cette situation serait liée à une volonté du chef de l’État de recomposer son équipe dirigeante et la haute administration, notamment après la rupture politique avec l’ancien Premier ministre.
Il estime d’ailleurs que d’autres changements pourraient encore intervenir.
Mais au-delà des considérations politiques, il insiste sur la nécessité de préserver la continuité du fonctionnement administratif.
« La technostructure administrative doit se remettre, voire continuer son travail. »
Pour lui, l’enjeu principal est donc la rapidité de la prise de décision.
« Le Président de la République doit aller vite dans sa prise de décisions pour rassurer et mettre fin à l’instabilité de l’environnement administratif. »
La stabilité des dirigeants, une condition de la performance
Comment éviter que les changements à la tête des structures publiques n’entraînent des retards dans les projets, les contrats, les réformes ou les engagements déjà pris ?
La réponse est, là encore, centrée sur la célérité.
Selon notre interlocuteur, les changements souhaités doivent être effectués rapidement afin de permettre aux structures concernées de retrouver un environnement stable.
« L’efficacité et la performance dans l’entreprise dépendent des conditions internes de travail, dont la stabilité des dirigeants. »
Autrement dit, une période prolongée d’incertitude au sommet des structures pourrait, selon cette analyse, peser sur la capacité des équipes à poursuivre efficacement les missions engagées.
À quel moment le remaniement peut-il devenir contre-productif ?
Une recomposition massive des équipes dirigeantes peut-elle finalement produire l’effet inverse de celui recherché, notamment en matière d’efficacité et de célérité de l’action publique ?
Pour notre interlocuteur, le principal risque apparaît lorsque les décisions tardent à être prises.
Sa réponse est sans ambiguïté :
« Si le Président de la République n’agit pas vite comme je le suggère ci-haut. »
La question de la vitesse d’exécution devient ainsi centrale : changer les dirigeants, mais rapidement, afin que les structures puissent retrouver une stabilité et poursuivre leur travail.
Les structures à forte technicité, particulièrement exposées
Les établissements publics, sociétés nationales, agences et autres structures disposant de dossiers complexes et de projets techniquement exigeants présentent-ils des risques particuliers en période de changement de direction ?
Pour notre interlocuteur, la réponse s’inscrit dans la même logique : plus les dossiers sont complexes et techniques, plus la stabilité et l’expérience des responsables deviennent importantes.
La réussite d’une transition ne dépendrait donc pas uniquement de la décision de changer un dirigeant, mais également de la capacité à choisir rapidement un responsable disposant de competences avérées et de l’expérience nécessaires pour prendre immédiatement ses fonctions.
L’expérience et la stabilité au cœur du débat
Au terme de cet entretien, une idée se dégage : dans une administration confrontée à d’importants changements à sa tête, la question de la compétence et de l’expérience des nouveaux dirigeants est indissociable de celle de la continuité du service public.
Pour notre interlocuteur, un directeur général aux competences averees et expérimenté doit pouvoir prendre rapidement les commandes, comprendre les enjeux de son organisation et de son environnement et assurer la continuité des activités.
Dans un contexte de recomposition de la haute administration sénégalaise, le véritable enjeu serait donc de concilier renouvellement des équipes dirigeantes, competence , expérience professionnelle, stabilité administrative et célérité dans la prise de décision.
Et vous, pensez-vous qu’un nouveau DG doit être immédiatement opérationnel ou qu’une période d’apprentissage est nécessaire