Par Amy Loum
Le Sénégal a enregistré des avancées importantes dans la vaccination contre le papillomavirus humain (HPV), mais demeure confronté à d’importantes difficultés en matière de dépistage et de prise en charge du cancer du col de l’utérus. Selon le professeur Omar Gassama, gynécologue-obstétricien et président de la Société sénégalaise de colposcopie et de pathologie liée au papillomavirus, les objectifs fixés par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour 2030 restent difficiles à atteindre.
Des progrès dans la vaccination contre le HPV
« Il n’est pas possible d’atteindre les objectifs d’élimination du papillomavirus d’ici 2030 », a déclaré le professeur Gassama, mettant notamment en avant les insuffisances du dépistage, le déficit en ressources humaines qualifiées et les difficultés d’accès aux traitements spécialisés.
Le spécialiste s’exprimait en marge du 4e Congrès international et du 5e Congrès national de la Société sénégalaise de colposcopie et de pathologie liée au papillomavirus, organisé à Dakar autour du thème : « Sur la route de l’accélération de l’élimination du cancer du col de l’utérus ».
Le professeur Gassama a toutefois salué les progrès enregistrés dans la vaccination contre le HPV, un virus très répandu qui peut infecter la peau et les muqueuses et se transmettre principalement lors des contacts sexuels.
Selon lui, la couverture vaccinale est proche de 100 %, même si des difficultés persistent notamment dans les régions de Ziguinchor et de Matam. Il a également relevé la persistance de réticences dans certaines communautés, principalement en raison d’un déficit d’information et de craintes liées aux éventuels effets secondaires du vaccin.
Un dépistage encore insuffisant
La stratégie mondiale de l’OMS pour l’élimination du cancer du col de l’utérus repose sur trois grandes cibles : vacciner 90 % des filles âgées de 9 à 14 ans, dépister et traiter les lésions précancéreuses chez 70 % des femmes âgées de 30 à 49 ans et assurer la prise en charge de 90 % des femmes atteintes d’un cancer invasif du col de l’utérus.
Si le Sénégal semble en mesure de progresser vers le premier objectif, les deux autres demeurent particulièrement difficiles à atteindre.
« Au Sénégal, on n’est même pas à 15 % de taux de dépistage du cancer du col de l’utérus », a affirmé le gynécologue-obstétricien, déplorant les insuffisances du dispositif actuel.
Il a notamment pointé les difficultés rencontrées après le dépistage, avec des patientes qui, selon lui, ne bénéficient pas toujours d’un suivi approprié.
« Les malades sont dépistées et abandonnées à elles-mêmes », a-t-il regretté, faisant état d’un manque d’équipements et de personnel qualifié pour assurer le suivi des femmes et la prise en charge des lésions précancéreuses.
Des capacités de traitement à renforcer
Le président de la Société sénégalaise de colposcopie a également attiré l’attention sur les limites de l’offre de soins oncologiques au Sénégal, particulièrement dans les domaines de la chirurgie et de la radiothérapie.
L’accès aux soins spécialisés demeure concentré dans un nombre limité de villes, ce qui constitue, selon lui, un obstacle supplémentaire à une prise en charge rapide et efficace des patientes.
Le professeur Gassama estime que le Sénégal devrait disposer d’environ 18 centres de radiothérapie au regard de sa population. Il déplore cependant que le pays compte encore moins de quatre appareils de radiothérapie.
Face à ces contraintes, il appelle à renforcer les investissements dans le secteur de la santé, à améliorer la répartition territoriale des infrastructures sanitaires et à accroître l’engagement des pouvoirs publics dans la lutte contre le cancer du col de l’utérus.
La sensibilisation au cœur de la lutte
Le spécialiste insiste également sur la nécessité d’intensifier la sensibilisation auprès des populations, particulièrement des jeunes, mais aussi des professionnels des médias, afin de mieux informer sur le HPV et de réduire les réticences à la vaccination.
« Le vaccin contre le cancer du col de l’utérus est un vaccin sûr et efficace », a-t-il assuré.
Le professeur Gassama a cité plusieurs pays, notamment l’Australie, la Finlande, l’Angleterre et le Canada, qui se rapprochent de l’élimination du cancer du col de l’utérus grâce notamment à des politiques de vaccination ciblant les filles et les garçons.
Pour le Sénégal, l’enjeu consiste désormais à consolider les acquis de la vaccination tout en améliorant considérablement le dépistage, le suivi des patientes et l’accès aux traitements spécialisés