Centre de santé Philippe Maguilène Senghor : combien d’inondations avant la délocalisation ? S’interroge Dr HC Mballo Dia Thiam


Par Ibrahima Dia
Après plusieurs épisodes d’inondations ayant fortement perturbé son fonctionnement, le Centre de santé Philippe Maguilène Senghor se retrouve au cœur d’une alerte sanitaire. Pour le Dr Honoris Causa Mballo Dia Thiam, il est temps de sortir de la logique des réparations successives et d’engager une réflexion sérieuse sur la délocalisation de l’établissement.
Dakar — Les images se répètent et le scénario semble désormais connu. À chaque épisode de fortes pluies, le Centre de santé Philippe Maguilène Senghor se retrouve confronté aux eaux, avec des conséquences qui dépassent largement les seuls dégâts matériels.

Équipements endommagés, archives médicales, techniques et comptables exposées, installations perturbées : au fil des épisodes, la question de la sécurité et de la continuité des soins devient de plus en plus préoccupante.

Face à cette situation récurrente, une question s’impose : faut-il attendre une nouvelle catastrophe pour prendre une décision définitive ?

Une vulnérabilité connue
Le problème du Centre de santé Philippe Maguilène Senghor n’est pas nouveau.

L’établissement est implanté dans une zone particulièrement vulnérable, située à la convergence des eaux de ruissellement et dans une cuvette qui favorise l’accumulation des eaux pluviales.

Cette configuration géographique constitue une contrainte structurelle difficilement compatible avec le fonctionnement normal d’un établissement de santé.

Après un précédent épisode d’inondation, le SUTSAS avait déjà alerté les autorités sur la nécessité d’envisager une délocalisation du centre. Des solutions techniques, notamment le pompage et l’évacuation des eaux vers la mer, ont également été évoquées.

Mais les épisodes successifs montrent les limites de ces réponses ponctuelles.

Lorsque les mêmes pluies produisent régulièrement les mêmes dégâts, la question n’est plus seulement celle de la réparation, mais celle de la prévention.

Une menace qui dépasse les dégâts matériels
L’enjeu est avant tout sanitaire.

Dans un établissement de santé, l’hygiène, la stérilisation du matériel et la prévention des infections associées aux soins constituent des exigences fondamentales.

Or, l’intrusion d’eaux pluviales potentiellement mêlées à des eaux polluées complique considérablement le respect de ces exigences.

Les conséquences peuvent être particulièrement lourdes pour les personnes les plus vulnérables : patients hospitalisés, femmes en couches, nouveau-nés et malades nécessitant une prise en charge continue.

Lorsque les conditions de fonctionnement ne sont plus réunies, des transferts vers d’autres structures deviennent nécessaires. Mais ces établissements d’accueil ne disposent pas toujours des mêmes capacités ou équipements.

La question de la morgue est également préoccupante. Les défaillances électriques consécutives aux inondations et les éventuels dommages causés au groupe électrogène peuvent affecter les conditions de conservation des corps.

Il ne s’agit donc plus uniquement de savoir combien coûteront les réparations après chaque hivernage. Il faut désormais s’interroger sur le coût humain et sanitaire de l’inaction.

La délocalisation, une piste à étudier
Dans ce contexte, la délocalisation du Centre de santé Philippe Maguilène Senghor apparaît comme une option à examiner avec sérieux.

Une piste est notamment avancée : l’ancien hangar des pèlerins de l’aéroport international Léopold Sédar Senghor de Yoff.

Cette proposition doit naturellement être soumise aux études nécessaires : disponibilité du foncier, faisabilité technique, accessibilité, environnement, conformité aux normes sanitaires et capacité à accueillir une infrastructure de cette dimension.

Mais au-delà du simple déplacement géographique, cette opération pourrait représenter une véritable opportunité de modernisation.

Vers un hôpital de niveau 2 ?
L’importance du Centre de santé Philippe Maguilène Senghor, son organisation pavillonnaire et les services qu’il fournit à la population pourraient justifier une réflexion plus ambitieuse.

Pourquoi ne pas profiter d’une éventuelle reconstruction pour envisager la transformation de l’établissement en hôpital de niveau 2, conformément aux normes et aux besoins sanitaires de la population ?

Une telle évolution permettrait de renforcer l’offre de soins, d’améliorer les conditions de travail des professionnels de santé et d’offrir aux patients un environnement plus sûr et mieux adapté.

Elle contribuerait également à renforcer la résilience du système sanitaire face aux conséquences des événements climatiques extrêmes.

Ne plus attendre l’après-catastrophe
Pour le Dr Honoris Causa Mballo Dia Thiam, la situation appelle désormais une décision urgente.

Il plaide pour la mise en place d’un dispositif permettant, si nécessaire, une fermeture préventive du site actuel, tout en garantissant la continuité des soins, parallèlement à la recherche et à l’aménagement d’un site plus sécurisé.

L’objectif n’est pas de priver les populations de leur établissement de santé. Au contraire, il s’agit de garantir durablement leur accès à des soins sûrs, dans des conditions compatibles avec les exigences d’un service public de santé moderne.

La multiplication des épisodes d’inondation doit ainsi être considérée comme un signal d’alerte.

Une décision à inscrire dans la résilience climatique
La problématique du Centre de santé Philippe Maguilène Senghor dépasse le cadre d’une seule infrastructure.

Elle pose la question de la manière dont les établissements sanitaires sont conçus et implantés dans un contexte marqué par des phénomènes climatiques de plus en plus difficiles à anticiper et à maîtriser.

Les infrastructures sanitaires doivent être pensées pour résister aux risques auxquels elles sont exposées.

Continuer à réparer après chaque épisode d’inondation revient à traiter les conséquences sans s’attaquer durablement à la vulnérabilité structurelle du site.

C’est pourquoi le Dr Mballo Dia Thiam lance un appel aux autorités pour qu’une solution définitive soit étudiée et mise en œuvre, dans le respect des procédures techniques et administratives.

« Agir aujourd’hui pour éviter l’irréparable »
Cette contribution se veut avant tout une alerte citoyenne.

Elle invite les pouvoirs publics à considérer la situation du Centre de santé Philippe Maguilène Senghor non comme un simple problème d’inondation, mais comme une question de sécurité sanitaire, de protection des populations et de résilience des infrastructures publiques.

Dans la perspective du référentiel Sénégal Horizon 2050, l’enjeu est de construire un système de santé capable d’anticiper les risques, de protéger ses travailleurs et de garantir aux populations des soins dans des conditions dignes et sécurisées.

Le temps des réparations provisoires pourrait ainsi laisser place à celui de la décision structurelle.

Combien d’épisodes d’inondation faudra-t-il encore subir avant d’agir ?

Pour le Dr Honoris Causa Mballo Dia Thiam, la réponse doit être claire : prévenir une catastrophe annoncée, c’est protéger des vies humaines. Agir aujourd’hui, c’est éviter l’irréparable demain.

Dr Honoris Causa Mballo Dia Thiam
Chevalier de l’Ordre national du Lion
Manager des services de santé
Secrétaire général national du SUTSAS
Secrétaire fédéral national de la FGTS-B
Président de l’ASAS And Gueusseum

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