Lutte contre les pratiques esclavagistes  L ‘ASSEP pousse pour une loi plus sévère 


 

Par Mamadou Ndiaye

 

L’Association Sénégalaise pour la Solidarité et le Progrès (ASSEP) veut faire bouger les lignes. Face aux médias hier, son président Boubacar Traoré a défendu une nouvelle proposition de loi visant à réprimer plus fermement l’esclavage, en particulier celui lié à l’ascendance.

 

Selon lui, le cadre juridique actuel, à savoir la loi 2010-05 votée en mai 2010, reste insuffisant. Bien qu’elle condamne l’esclavage, elle ne permettrait pas de traiter efficacement les cas d’esclavage par ascendance qui persistent.

 

Boubacar Traoé président de l’association sénégalaise pour la solidarité et le progrès dit avoir déjà saisi l’Assemblée nationale. « J’ai déposé moi-même le document à l’accueil. J’ai obtenu une décharge et un accusé de réception par mail du secrétariat général à l’époque de la présidence d’El Malick Ndiaye. Nous attendons toujours une suite », a indiqué M. Traoré.

 

Le principal blocage, d’après l’association, se situe au niveau judiciaire. Faute de qualifications précises dans les textes, les magistrats et les officiers peineraient à qualifier les faits. Résultat : de nombreuses plaintes n’aboutissent pas.

 

Pour corriger cela, le texte proposé par l’ASSEP prévoit des dispositions claires. Il définit ce que sont les pratiques esclavagistes et leurs séquelles, avec l’ambition de protéger la dignité humaine, en conformité avec la Constitution et les engagements internationaux du Sénégal.

 

Deux dispositions ont été mises en avant :

 

Le premier concerne les manifestations culturelles. Faire l’apologie de l’esclavage à travers une production culturelle, notamment lors de cérémonies traditionnelles en milieu soninké où des louanges faisant référence à l’esclavage sont chantées publiquement, serait passible de 5 à 8 ans de réclusion et d’une amende allant de 200 000 à 5 000 000 FCFA.

 

Le second vise les injures publiques. Tenir publiquement des propos qui présentent une personne comme esclave, un phénomène qui se serait amplifié sur TikTok et WhatsApp, serait sanctionné de 6 mois à 2 ans d’emprisonnement et d’une amende de 200 000 à 500 000 FCFA.

 

Invité à la rencontre, Diko, secrétaire général de l’Association des Haratine de Mauritanie en Europe (fondée en 2001), a soutenu la démarche. Pour lui, le continent souffre d’un vide juridique. Il note que l’Afrique compte seulement trois États ayant adopté une législation spécifique : le Niger, la Mauritanie et récemment le Mali, après des violences intercommunautaires ayant provoqué des déplacements.

 

Il a estimé que le Sénégal, fort de son histoire avec l’île de Gorée, devrait jouer un rôle de précurseur en Afrique de l’Ouest. Il a par ailleurs critiqué la loi de 2010, qu’il juge axée sur la traite transatlantique et la traite des Blancs, tout en occultant la traite intra-africaine.

 

Le militant a décrit des situations d’exclusion dans certains villages : interdiction de prier dans les mêmes mosquées ou mise à l’écart dès lors qu’une personne refuse le statut d’esclave. « On ne peut pas se contenter de dire que la Constitution proclame l’égalité. Une constitution n’est pas une loi pénale directement applicable. Il faut une loi qui punit », a-t-il insisté.

 

Diko a enfin alerté sur les représailles visant les défenseurs de la cause. Il cite l’exemple mauritanien où, selon lui, deux parlementaires et cinq responsables associatifs auraient été emprisonnés après avoir dénoncé des cas d’esclavage, pour « diffusion de fausses nouvelles ». Au Sénégal, affirme-t-il, les militants seraient victimes de diabolisation et de menaces, jusque sur les groupes WhatsApp.

 

« Seule une loi forte peut mettre fin à cette pratique. L’éducation ne suffit pas sans contrainte légale. Quand on enfreint la loi, ce n’est plus un problème entre deux citoyens, c’est un problème entre le contrevenant et la justice », a-t-il conclu.

 

 

 

 

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