Plaidoyer pour une Gestion Équitable et Multidisciplinaire des Nominations au Ministère de la Santé


La récente vague de nominations au sein du Ministère de la Santé a suscité une vive polémique. Selon une définition courante, le secteur de la santé comprend non seulement les activités menées dans les structures hospitalières publiques et privées, mais aussi les cabinets des professionnels médicaux, dentaires et paramédicaux, les laboratoires d’analyses médicales, et même les communautés. Il est donc évident que ce domaine est multidirectionnel et interdisciplinaire. Cela signifie que la médecine, bien qu’importante, n’en constitue qu’une partie.

Au sein du SDT3S, nous sommes surpris par l’ampleur de cette polémique. Bien que nous reconnaissions à toute organisation syndicale le droit d’avoir un avis sur la gestion de notre ministère, il est essentiel de ne pas discréditer ou frustrer les autres en pensant qu’ils manquent de compétences ou de profil pour certains postes. Le débat actuel est mal posé. La protestation de nos camarades du SAMES doit nous inciter à réfléchir et à comprendre l’importance du travail d’équipe, en posant le débat en termes de compétences et de profils de poste, plutôt que de se baser uniquement sur la hiérarchie ou la durée des études.

Cette polémique intervient dans un contexte marqué par le sentiment, chez plusieurs acteurs non-médecins, d’un contrôle excessif du Ministère de la Santé. Ce contrôle quasi-absolu sur les postes de responsabilités va à l’encontre des exigences de multidirectionnalité et de pluridisciplinarité du secteur, ainsi que de la philosophie des soins de santé primaires adoptée lors de la conférence d’Alma-Ata en 1978.

Certains cadres supérieurs de santé, tels que des médecins, pharmaciens ou chirurgiens-dentistes, estiment devoir assumer toutes les fonctions de direction. Cependant, le secteur de la Santé a évolué pour inclure les sciences sociales, la santé communautaire, le travail social, la digitalisation, l’économie de la santé, les statistiques, la sociologie, la psychologie, le management des services et programmes de santé, etc.

Les équipes des districts sanitaires et des directions régionales de santé incluent des cadres non médicaux, des assistants sociaux, et même des infirmiers et sages-femmes diplômés et expérimentés, ayant acquis de nouveaux diplômes (master, doctorat) dans divers domaines. Ces professionnels, forts de leurs compétences et de leur expertise terrain, méritent d’accéder à des responsabilités.

Nous devons induire un changement de paradigme dans la gestion des ressources humaines, en bannissant l’approche discrétionnaire. Il faut éviter de penser que seuls certains peuvent assurer le bon fonctionnement du système de santé, lequel doit reposer sur une approche holistique, éthique et équitable. Ce changement mettra fin à l’ostracisme et encouragera l’ouverture à des perspectives nouvelles, alignées avec le concept « One Health ».

Il est temps d’élaborer des critères précis pour définir des profils adéquats, basés sur les compétences requises pour chaque poste. En pratique, les cadres non médecins, tels que les pharmaciens, chirurgiens-dentistes, docteurs en sciences infirmières ou obstétricales, et en sciences sociales, doivent pouvoir occuper des postes de direction régionale ou départementale de la santé.

En conclusion, nous appelons à éviter tout débat corporatiste. Nous réaffirmons notre respect pour tous les corps de métier du système de santé sénégalais, y compris le personnel médical. Toutefois, nous sommes convaincus qu’aucune hégémonie ne saurait prévaloir dans notre système de santé, si nous voulons obtenir des résultats tangibles et bénéfiques pour les usagers. Chaque catégorie est porteuse de solutions, pourvu que les compétences et les qualifications le justifient.

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