C’est au Pullman Hôtel de Dakar que s’est ouverte ce 29 octobre 2026 la conférence régionale consacrée à la réinsertion sociale. Une initiative conjointe de la Fondation allemande IRZ et de l’École Nationale d’Administration Pénitentiaire, centrée sur le thème : l’accompagnement des détenus avant et après leur libération.Devant des experts et des délégations venues d’Allemagne, du Maroc, de Tunisie et d’Algérie, le Garde des Sceaux, Maître Moussa Sarr, a livré une allocution axée sur le sens de la peine.
Au-delà de la sanction, préparer la vie d’après
Pour le Ministre, la sortie de prison est un moment de vérité pour l’État. Si pour la société la peine s’achève, pour la personne libérée, tout débute. « La porte s’ouvre en une seconde, mais reconstruire une vie prend des années », a-t-il résumé, évoquant le difficile retour à la famille, à l’emploi et au logement.Selon lui, la politique pénitentiaire doit dépasser la simple fonction de garde. Tout en garantissant la sécurité et la discipline, la détention doit aussi être un levier pour prévenir la récidive. Une vision qui, a-t-il rappelé, rejoint les instructions du Président Bassirou Diomaye Faye qui, le 23 juillet dernier, faisait de la dignité carcérale un pilier de sa politique pénale, en affirmant que la liberté demeure la règle et l’enfermement, l’exception. Renforts annoncés pour l’administration pénitentiaire .Maître Sarr a profité de la tribune pour saluer le travail quotidien des agents pénitentiaires, souvent dans des conditions contraintes. Il a annoncé une bouffée d’oxygène en personnel : le Premier Ministre a validé pour 2026 le recrutement de 418 nouveaux agents. Le contingent comprend notamment 400 surveillants, 10 administratifs, 6 contrôleurs et 2 inspecteurs, de quoi alléger la charge de travail et mieux articuler sécurité et accompagnement.Le Ministre a également mis en avant la solidité du partenariat avec l’IRZ. Depuis 2020, cette coopération a fait de l’humanisation du système carcéral un axe prioritaire, avec un soutien au volet psychologique et à la montée en compétences des personnels.
Pour illustrer sa conception d’une détention utile, le Garde des Sceaux a énuméré plusieurs projets concrets déjà opérationnels :Des unités de production – deux boulangeries et une laiterie – ainsi qu’un centre de formation industrielle, un garage et des ateliers de couture. Une galerie dédiée à la réinsertion vient valoriser le travail des détenus.Autre chantier majeur : la mise à disposition de terres agricoles dans le nord du Sénégal. L’objectif est d’initier les détenus à la riziculture, leur offrant ainsi une qualification directement liée à la stratégie nationale de souveraineté alimentaire et une opportunité d’emploi à leur sortie. Sur le front de l’éducation, la tutelle veut renforcer le soutien scolaire en prison avec l’appui du Ministère de l’Éducation, et ouvrir l’accès à l’enseignement supérieur à distance via l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane pour les bacheliers incarcérés.
Les juges appelés à utiliser les peines alternatives :
Le dernier axe de son discours s’adressait aux magistrats. Me Sarr a estimé que l’effort de l’administration pénitentiaire doit être complété par celui des tribunaux. Tout en respectant leur indépendance, il les a invités à actionner davantage les dispositifs existants : liberté conditionnelle, bracelet électronique, sursis probatoire ou encore travail d’intérêt général.
Des mécanismes qui, à ses yeux, sont particulièrement adaptés aux infractions de moindre gravité, permettent une transition progressive vers la liberté et contribuent à désengorger des prisons surpeuplées.
Pour le Ministre, la réinsertion est une responsabilité partagée qui ne peut reposer sur une seule institution. Il a souhaité que les deux jours d’échanges à Dakar débouchent sur des propositions concrètes, inspirées des expériences croisées et adaptées aux réalités de chaque pays, rappelant que la performance d’un système pénitentiaire se juge aussi à sa capacité à ramener un citoyen dans la société dans le respect de la loi.
Moustapha NDIAYE