SPOLIATION DE LEURS TERRAINS  Le collectif des agents de Dakar Dem Dikk sonne l’alerte et interpelle l’État 


 

Par Mamadou Ndiaye

 

Vingt ans de cotisations pour une parcelle fantôme. C’est le calvaire vécu par plus de 1000 agents de Dakar Dem Dikk. Réunis en collectif, des travailleurs, des veuves et des retraités ont alerté la presse sur des pratiques qu’ils jugent inacceptables et menacent de saisir la justice contre neuf coopératives d’habitat.

 

 

 

Le ton est grave, la colère contenue. Face aux journalistes, Cheikh Taibouya Badji, qui assure la présidence des conducteurs et la vice-présidence du collectif des victimes, a peint un tableau alarmant du dossier foncier.

 

Pour lui, l’accès au logement reste un droit fondamental pour tout travailleur. Pourtant, de nombreux souscripteurs attendent depuis 2009, voire 2011, sans jamais être entrés en possession de leur bien. Certains se sont vu retirer leurs documents, d’autres occupent des terrains sans disposer de titres légaux. « Des parcelles acquises à 1,5 million de francs sont reprises pour être revendues dès que leur valeur augmente », accuse-t-il, deux documents en main à l’appui de ses dires.

 

Les plus touchés restent les familles des défunts et les retraités. « Des collègues sont partis sans voir leur toit. Aujourd’hui, leurs épouses et leurs enfants se battent pour récupérer ce qui leur revient. Près de 80% de nos veuves sont obligées de se battre dans les marchés pour survivre », déplore M. Badji. Déterminé, il prévient : « Il n’y aura pas de pardon sans restitution. Nous voulons nos terres. Ce n’est que partie remise, nous porterons l’affaire devant les tribunaux. »

 

Le collectif dit placer son espoir dans le Président Bassirou Diomaye Faye, tout en saluant les avancées amorcées par le directeur sortant Assane Mbengue.

 

 

 

Parmi les voix les plus émouvantes, celle de Maimouna Gueye, représentante des veuves. « Nous avons perdu nos maris qui assuraient nos besoins. Aujourd’hui, nous sommes livrées à nous-mêmes. Nous avons des enfants à charge, pas de logement, et les loyers sont devenus insupportables », confie-t-elle avec émotion.

 

 

Une question de dignité humaine :

 

 

Pour le coordonnateur Abdou N’Gom, l’affaire va bien au-delà d’un simple litige administratif. « Il existe des silences plus assourdissants que les cris. Pendant des années, nous avons gardé ce silence. Nous le brisons aujourd’hui parce que plus personne ne nous écoute en interne. Nous ne sommes pas là pour égrener des chiffres, mais pour parler de vies brisées et d’engagements non tenus. »

 

Selon lui, le collectif des victimes des coopératives de Dakar Dem Dikk rassemble des histoires humaines suspendues à une promesse foncière. Il décrit des agents ayant tout soldé qui s’interrogent chaque jour sur la localisation de leur parcelle, des cotisants actuels qui continuent de verser dans l’espoir, des membres contraints de se désister à cause de la cherté de la vie et qui peinent à se faire rembourser, et enfin des veuves, orphelins et retraités qui héritent d’un dossier interminable au lieu d’un toit.

 

Huit coopératives sont nommément citées : Sunu Deukouway, Hamida Sy, Nimbaal Ndiabott, Thiès Mbengue, Matlabul Fawzeyni, Dakar Dem Dikk, Encadrement et la Nouvelle Coopérative.

 

Le collectif réclame six actions concrètes : un audit indépendant et public de la gestion financière, l’attribution sans délai des parcelles aux membres en règle, le remboursement immédiat des désistés, la prise en charge prioritaire des dossiers des veuves et orphelins, un traitement respectueux pour les retraités ayant trop attendu, et l’instauration d’un cadre de dialogue officiel avec la direction générale assorti d’échéances claires et vérifiables.

 

 

 

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