São Tomé-et-Príncipe : le pari encore sous-estimé d’un archipel en pleine transition


Luc Gnonlonfoun, Représentant résident du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) à São Tomé-et-Príncipe

Hamad BA 

Économie bleue, tourisme durable, cacao, énergies renouvelables… Pour Luc G. Gnonlonfoun, Représentant résident du PNUD à São Tomé-et-Príncipe, l’archipel offre aux investisseurs patients des opportunités encore largement inexploitées. Un marché de petite taille, certes, mais porté par une trajectoire de transformation qui pourrait intéresser de plus en plus les acteurs économiques sénégalais et ouest-africains.

À première vue, São Tomé-et-Príncipe pourrait apparaître comme un marché confidentiel. Quelque 240 000 habitants, des infrastructures encore perfectibles et une connectivité qui reste à renforcer : l’archipel du golfe de Guinée ne présente pas les caractéristiques classiques d’une grande destination d’investissement.

Mais derrière cette apparente modestie se dessine un autre récit. Celui d’un pays qui entend transformer ses contraintes en avantages comparatifs et miser sur des secteurs porteurs d’avenir : économie bleue, tourisme durable, agriculture à forte valeur ajoutée, cacao, énergies renouvelables et services liés à la mer.

C’est cette trajectoire que met en avant Luc G. Gnonlonfoun, Représentant résident du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) à São Tomé-et-Príncipe. Un pays qu’il connaît désormais de l’intérieur, mais dont il mesure également le potentiel à l’aune de son expérience ouest-africaine. Il a notamment exercé au bureau du PNUD au Sénégal et au Hub régional pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, basé à Dakar.

Un pays entier classé réserve de biosphère

L’un des principaux atouts de l’archipel réside dans son patrimoine naturel exceptionnel. Depuis septembre 2025, São Tomé-et-Príncipe est devenu le premier État au monde dont l’intégralité du territoire est couverte par des réserves de biosphère de l’UNESCO.

L’île de Príncipe avait obtenu cette reconnaissance dès 2012, avant que São Tomé ne la rejoigne en 2025. Pour Luc Gnonlonfoun, cette distinction est loin d’être une simple consécration symbolique. Elle traduit, selon lui, l’engagement du pays à concilier protection de la biodiversité et développement économique.

Cette richesse naturelle constitue également un potentiel économique considérable. Les îles abritent des écosystèmes uniques, tandis que leur zone économique exclusive représente près de 160 fois leur superficie terrestre.

Une telle configuration ouvre des perspectives dans la pêche durable, les services maritimes, la recherche océanique, le tourisme côtier et, plus largement, dans l’économie bleue.

L’enjeu consiste désormais à transformer ce capital naturel en valeur économique sans compromettre les équilibres écologiques qui font précisément la singularité de l’archipel.

Du statut de PMA à une nouvelle étape économique

São Tomé-et-Príncipe aborde cette transformation dans un contexte institutionnel nouveau. Le 13 décembre 2024, le pays est officiellement sorti de la catégorie des pays les moins avancés des Nations Unies, une évolution qui traduit les progrès accomplis en matière de revenus et de développement humain.

Cette nouvelle étape impose cependant de poursuivre les réformes et de consolider les bases d’une économie plus productive, diversifiée et compétitive.

Le pays dispose notamment d’un argument monétaire de taille : sa monnaie, la dobra, est arrimée à l’euro. Un élément susceptible de contribuer à la prévisibilité des échanges et à la confiance des investisseurs, notamment dans un environnement régional où les questions de change et de stabilité financière peuvent peser dans les décisions d’investissement.

Le cacao, un patrimoine à transformer en industrie

Parmi les filières les plus prometteuses figure le cacao.

São Tomé-et-Príncipe occupe une place particulière dans l’histoire mondiale de cette culture. Les premières plantations de cacao d’Afrique y ont été établies et, au début du XXe siècle, l’archipel a même été, durant plusieurs années, le premier producteur mondial.

Aujourd’hui, l’ambition n’est plus seulement de produire et d’exporter des fèves. Le défi consiste à remonter la chaîne de valeur, à développer la transformation locale et à faire émerger un chocolat haut de gamme bénéficiant d’une véritable identité d’origine.

Le pavillon national présenté à l’Exposition universelle d’Osaka 2025 en a donné une illustration, en associant cacao, culture et protection de l’environnement.

Pour les entreprises agroalimentaires disposant d’une expertise en transformation, en packaging, en commercialisation ou en exportation, cette orientation pourrait constituer un terrain d’exploration intéressant.

Des institutions pour rassurer les investisseurs

L’attractivité d’un pays ne repose toutefois pas uniquement sur ses ressources naturelles. La qualité de son environnement institutionnel constitue un facteur déterminant pour les investisseurs.

Sur ce terrain également, des évolutions sont en cours. Avec l’appui du PNUD et d’autres partenaires, les autorités travaillent au renforcement de l’environnement des affaires. Parmi les initiatives figure la création du premier centre d’arbitrage du pays, destiné à favoriser un règlement plus rapide, transparent et prévisible des différends commerciaux.

Un chantier discret, mais essentiel. Car pour un investisseur, la sécurité juridique, la prévisibilité des procédures et la capacité à résoudre efficacement les litiges peuvent compter autant que l’accès aux ressources ou la taille du marché.

Le Sénégal, une source d’inspiration et un partenaire potentiel

Dans cette perspective, le Sénégal constitue un point de comparaison particulièrement intéressant.

Dakar s’est progressivement imposée comme un hub régional dans les services, la finance, les télécommunications et la logistique. São Tomé-et-Príncipe ne prétend évidemment pas reproduire ce modèle à la même échelle. L’enjeu est plutôt d’identifier les secteurs dans lesquels l’archipel dispose d’avantages spécifiques.

L’économie bleue, le tourisme durable, les énergies renouvelables et l’agriculture à forte valeur ajoutée apparaissent ainsi comme des domaines prioritaires.

Cette complémentarité pourrait ouvrir des perspectives aux acteurs économiques sénégalais : banques et compagnies d’assurance, entreprises agroalimentaires, opérateurs portuaires et logistiques, groupes touristiques ou encore entreprises spécialisées dans les services maritimes.

Au cœur du golfe de Guinée, l’archipel pourrait ainsi devenir un marché complémentaire pour certaines entreprises ouest-africaines souhaitant diversifier leurs activités et explorer de nouveaux territoires.

Une stabilité politique à consolider

Le contexte politique constitue également un élément à prendre en compte.

L’élection présidentielle du 19 juillet s’est déroulée dans le calme. Selon les résultats provisoires de la Commission électorale nationale, le président Carlos Vila Nova a obtenu 55,94 % des suffrages, avant que la Cour constitutionnelle ne confirme sa réélection dès le premier tour.

La mission d’observation de l’Union européenne a, pour sa part, qualifié le scrutin de paisible et bien organisé, tout en recommandant de renforcer la participation citoyenne.

Le calendrier politique reste toutefois chargé, avec des élections législatives, régionales et locales prévues le 27 septembre.

Cette stabilité institutionnelle sera déterminante pour accompagner les réformes économiques et maintenir la confiance des investisseurs.

La taille du marché n’est pas tout

São Tomé-et-Príncipe ne peut évidemment pas effacer d’un trait ses contraintes structurelles. Son marché intérieur reste réduit, sa connectivité demeure perfectible et ses infrastructures nécessitent encore des investissements importants.

Mais pour Luc Gnonlonfoun, c’est précisément là que réside l’une des clés de lecture du potentiel de l’archipel : la question n’est pas seulement la taille actuelle du marché, mais sa trajectoire.

« Les investisseurs qui réussiront demain seront ceux qui sauront identifier, dès aujourd’hui, les économies appelées à jouer un rôle dans la transition vers un développement plus durable. São Tomé-et-Príncipe offre cette possibilité grâce à une vision fondée sur les énergies renouvelables, le tourisme durable, l’économie bleue, l’agriculture à haute valeur ajoutée et des institutions qui poursuivent leur modernisation », souligne-t-il.

Dans cette perspective, investir à São Tomé-et-Príncipe ne signifie pas seulement rechercher un marché de consommation. Il s’agit aussi, selon lui, d’accompagner l’émergence d’un modèle de développement fondé sur la durabilité, la résilience et la création de valeur locale.

Pour les investisseurs sénégalais et, plus largement, ouest-africains, le message est donc clair : São Tomé-et-Príncipe ne constitue peut-être pas encore un grand marché, mais il pourrait devenir un marché stratégique.

À l’heure où les capitaux africains cherchent de nouveaux relais de croissance et où les économies se tournent vers des modèles plus durables, ce petit archipel du golfe de Guinée pourrait bien mériter une place plus importante sur les radars économiques de Dakar.

 

 

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