par ibrahima Dia
Au Sénégal, la question de l’électricité s’invite au cœur du débat politique. Lors d’une conférence de presse, Thierno Alassane Sall a dénoncé la place prise, selon lui, par les affrontements entre camps politiques, au détriment des préoccupations quotidiennes des populations, notamment la pauvreté, le chômage, l’insécurité et les coupures d’électricité.
Le parlementaire a particulièrement insisté sur les délestages, qu’il présente comme le symptôme des difficultés actuelles du secteur énergétique. Selon les chiffres qu’il avance, rapportés par Rewmi, le Sénégal, qui exportait de l’électricité vers des pays voisins en 2023, importerait désormais jusqu’à 200 mégawatts depuis la Guinée.
Des coupures que le député relie aux difficultés techniques
Thierno Alassane Sall a également mis en cause la situation de la centrale de WAE. Il affirme que celle-ci fonctionne au diesel oil, alors qu’elle devait, selon lui, fonctionner au gaz.
Le député relie les difficultés techniques enregistrées ces dernières semaines aux coupures d’électricité observées dans le pays. Pour lui, la multiplication des délestages ne constitue pas seulement une difficulté technique : elle affecte directement les ménages, les commerces, les entreprises et les activités économiques.
La question est d’autant plus sensible que l’accès à l’électricité demeure incomplet dans certaines zones du pays.
Près d’un tiers de la population rurale sans électricité ?
Dans le monde rural, Thierno Alassane Sall a cité des données de l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER), selon lesquelles près d’un tiers de la population n’aurait pas accès à l’électricité.
Le député a notamment pointé le marché d’électrification rurale attribué à AEE Power EPC, présenté comme un projet destiné à améliorer la desserte de nombreuses localités.
Selon ses déclarations, le projet concerne plus de 1 600 villages, tandis qu’une avance d’environ 37 milliards de francs CFA aurait été versée à l’entreprise. Il affirme cependant que moins d’une trentaine de villages auraient, à ce stade, bénéficié des réalisations attendues.
Les données évoquées en mai 2026 autour du contrat faisaient état de 1 740 villages à électrifier, pour un montant global de 91,8 milliards de francs CFA et une durée d’exécution de 36 mois.
Le marché ASER-AEE Power au centre des interrogations
Thierno Alassane Sall affirme s’appuyer sur des correspondances qu’il dit avoir consultées pour soutenir que des alertes concernant l’avancement du chantier et l’utilisation de l’avance avaient été adressées aux autorités dès 2024.
Selon son analyse, l’État aurait dû mettre l’entreprise en demeure, faire jouer les garanties et envisager la résiliation du marché, tout en engageant les procédures nécessaires à la sauvegarde des intérêts publics.
Le parlementaire s’interroge également sur le retour en Espagne du responsable d’AEE Power, ainsi que sur la restitution des fonds et la poursuite des travaux.
Il affirme par ailleurs que le projet de loi de finances rectificative 2026 prévoit 1,5 milliard de francs CFA pour le règlement d’une facture de l’entreprise.
L’électrification rurale, autre visage de la crise énergétique
Pour Thierno Alassane Sall, le dossier ASER-AEE Power illustre une autre dimension des difficultés énergétiques du Sénégal. Alors que les délestages touchent l’alimentation électrique dans les zones desservies, une partie des populations rurales resterait confrontée à l’absence même de raccordement.
Le député établit ainsi un lien entre la qualité de la fourniture d’électricité dans les zones déjà électrifiées et le retard de l’électrification dans certaines localités rurales.
Il a comparé ce dossier à celui de Kosmos Energy, estimant que les sommes engagées dans l’affaire ASER-AEE Power seraient déjà parties, tandis que les conséquences seraient directement visibles dans les villages toujours privés d’électricité.
Thierno Alassane Sall a toutefois précisé qu’il ne préjugeait pas de la culpabilité des personnes concernées, soulignant que cette question relève des juridictions compétentes.
Une mobilisation annoncée dans les villages concernés
Le député a enfin évoqué la possibilité d’organiser une marche et de se rendre dans les villages concernés. L’objectif annoncé serait d’informer les populations et de les accompagner dans la défense de leurs droits.
À travers cette sortie, Thierno Alassane Sall remet donc l’électricité au centre des préoccupations publiques : délestages, dépendance aux importations, difficultés techniques des centrales et retard de l’électrification rurale constituent, selon lui, autant de dossiers qui méritent davantage d’attention dans le débat national.